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La contribution #781

Thierry Bissuel
#781, le 10/02/2015 - 18:20

Penser à la qualité et l'efficacité pédagogique des ressources

En tant qu'éditeur de logiciels (outils et contenus), nous diffusons nos solutions dans une cinquantaine de pays et nous observons et accompagnons les politiques de déploiement des TICE. La question de l'efficacité pédagogique des ressources numériques pédagogiques revient souvent mais elle interpelle et parfois dérange. Pour des raisons bassement électorales, elle est de plus en plus prise en compte et c'est tant mieux. 

Constats aujourd'hui en France pour les mathématiques : 

- 95% des enseignants qui utilisent régulièrement les TICE (20% d'entre eux) ont des usages en vidéoprojection, simplement pour montrer, pour illustrer. Ce n'est pas inintéressant en soi mais les recherches pédagogiques indépendantes (* voir ci-dessous) ont montré depuis bien longtemps que c'est rarement efficace sur l'apprentissage en profondeur des élèves, malgré le surplus momentané de motivation que cela leur apporte.

- En 10 ans, la France a malheureusement régressé significativement dans ses résultats PISA en maths, malgré une démocratisation des TICE induite par plusieurs logiciels et ressources gratuits soutenus par l'Institution, accessibles et utilisés de plus en plus largement par les enseignants en mode vidéo-projection. Un mode consommation low-cost pour l'enseignant qui fait trop souvent consommer l'élève.

En dehors de la phase d'entrainement et d'évaluation qu'elles peuvent faciliter, pour que les ressouces numériques soient efficaces dans le processus d'apprentissage durable, nous observons qu'il faut :

- encore accroitre l'accessibilité d'usage pour les enseignants. Non pas avec des ressources simplifiéess, de type QCM, boutons-à-cliquer ou vidéo, mais au contraire avec des ressources de plus haute qualité didactique, pensées par des experts en didactique, et qui laissent la pleine liberté pédagogique à l'enseignant de tout profil. Lorsque tout enseignant peut s'approprier une resssource de haute qualité, la moitié du chemin vers l'efficacité pédagogique est fait. L'appropriation passe par la possibilité offerte de changer les textes, les contextes, les medias, les paramètres/valeurs, voire les variables didactiques d'une ressources en quelques secondes.

- passer d'usage collectifs où l'élève est souvent plus passif qu'avec le papier-crayon à des usages individuels (ou binomes), en classe comme à la maison, où l'élève est vraiment engagé de manière active dans son processus d'apprentissage. En mathématiques, les logiciels pionniers (années 1980) ont été pensés dans des laboratoires de recherche (CNRS/Université, informatique et didactique) pour des usages par l'élève, afin qu'il acquière une expérience sensorielle enrichie complémentaire du papier-crayon. 

La perspective de déploiement de tablettes pour les élèves nous semble donc aller dans la bonne direction mais il faudra être vigilant, former les enseignants et les aider à bien intégrer les critères de différenciation en matière de qualité et surtout d'efficacité escomptable des ressources numériques, afin de favoriser en classe et à la maison celles qui apportent un vrai plus dans la compréhension durable de l'élève. Cela permettra d'éviter de mettre les élèves en situation de zapping (voir cet article) qui reste aujourd'hui l'un des grands défi du numérique éducatif, car les ressources numériques de type QCM et boutons-à-cliquer coûtent 10 à 50 fois moins cher à concevoir et produire, et leur sous-traitance offshore (encore très courante chez les éditeurs scolaires - Inde, Pologne ou Roumanie) est évidemment moins difficile à piloter et contrôler. 

Espérons que ces approches low-cost françaises disparaitront lorsque la vague budgétaire sera là et donnera des perspectives durables aux acteurs pédagogiques comme aux acteurs économiques.

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(*) En mathématiques, 3 grandes recherches scientifiques dans le monde se sont penchées en profondeur sur l'efficacité pédagogique des TICE par rapport au manuel scolaire et au papier-crayon.

La 3e recherche en Amérique Latine portait sur un bouquet d'animations vidéos réalisées (un peu à la hâte) par une équipe d'informaticiens rattachée au ministère de l'éducation. Fiers de leurs productions, ils ont testé l'impact sur les élèves. Surprise : les élèves ayant utilisé ces ressources numériques ont obtenus des résultats 13% inférieurs à ceux qui avait utilisé le traditionnel manuel et papier-crayon !

La 2e plus grande recherche aux Etats-Unis a porté sur 12.500 élèves en utilisant des ressources numériques de grands éditeurs, souvent très jolies et attrayantes pour les élèves. Elle a conduit à une conclusion qui avait beaucoup perturbé en 2007 : l'usage des ressources numériques n'avait eu aucun impact positif ni négatif mesurable par rapport au papier-crayon ! 

La 1e plus grande recherche mondiale a été mené pendant 6 ans sur 15.000 élèves par des didacticiens espagnols. Il ont utilisé une sélection de logiciels mettant l'élève en situation active de manipulation et de résolution de problème. Sur les mêmes examens standards, les élèves ayant utilisé les TICE avec les logiciels interactifs Cabri en complément du manuel scolaire ont obtenu des résultats 30% supérieurs aux élèves qui avaient simplement utilisé le manuel scolaire et le papier crayon. 

Pourquoi une telle différence d'efficacité mesurée ? C'est assez simple à comprendre a posteriori : dans les 2 premiers cas cités, ils ont utilisés des logiciels de type pdf enrichis ou animations vidéo qui mettent l'élève en situation de spectateur essentiellement passif. Il clique sur des boutons et éventuellement il réfléchit ensuite pour répondre à des QCM. De jolis personnages lui expliquent comment faire une division, comment appliquer le théorème de Pythagore ou encore comment mettre en oeuvre certains principes de trigonométrie. L'élève aura beau regarder ces vidéos 3 fois, 4 fois, 5 fois, qu'aura-t-il vraiment compris ? Probablement pas grand chose en vérité.

Dans le cas d'utilisation des logiciels outils de type Sketchpad (USA) ou Cabri (France), la différence est spectaculaire, d'une part par la ressource qui incite l'élève à réfléchir avant de cliquer, à manipuler et à comprendre de manière sensorielle les propriétés mathématiques, et d'autre part dans l'usage même de la ressource qui n'a pas la prétention de remplacer l'enseignant ni le manuel scolaire, mais simplement d'apporter une expérience enrichie avec les TICE en complément des méthodes traditionnelles (nous restons de fervents défenseurs du compas, de la règle et de l'équerre !).

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#785, le 10/02/2015 - 22:38

Oui je suis persuadé que des outils numériques sophistiqués peuvent contribuer à une bon apprentissage dans certains domaines.
et pas les simples énonciations ou autres listes à cocher ..

Mais enfin, un bon prof (ou une évidement ..), c'est ce dont on a besoin, une PERSONNE qui parle à une personne. Alors oui, on peut faire des logiciels qui s'expriment COMME des personnes. Mais pourquoi faire come ? Il n'empeche, la communication entre 2 personnes est plus riche que entre une machine et une personne. Il faut aussi penser à l'apprentissage du dialogue, un à un, un à plusieurs, etc .. Au non verbal ..
Cela ne déclasse pas l'informatique pour tout, mais la base de l'apprentissage en socciété EST de savoir s'y comporter, donc de parler, échanger des idées, trouver les accords et les desaccords etc ...

Où, sinon à l'école, saurons-nous apprendre à FAIRE société si on passe 'trop' de temps avec des machines ?
Où, sinon à l'école saurons-nous apprendre à nous parler, à se jauger, etc ... ?

Les machines (les automates) auront encore longtemps un coté formattage qui enferment les esprits.

Déjà la télévision est un cauchermar pour la pensée, l'imagination, la souplesse intellectuelle ...

Personnellement l'école m'a formatté au scientisme avec le cinéma documentaire, en fait de la propagande au progrés - c'est à dire au profit des multinationales.

Resultat des desastres planétaires ....J'ai donc quelques reserves pour tous les formattages bien emballés ...

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