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La contribution #176

Eiffel
#176, le 21/01/2015 - 21:35

Faire simple, efficace... et sans risque.

Bientôt 20 ans de carrière, et toujours avec le numérique intégré dans mon enseignement, par conviction au départ, et de plus en plus par obligation. Le constat est lourd : la motivation est toujours en baisse, écrans ou pas, et le niveau... plus je redéfinis mes exigences (sans dire que j'y renonce ^^), moins les élèves paraissent concernés. 

Je me pose plein de questions !  J'essaye d'évaluer mon travail, je monte des projets d'évaluation sans notes, je recherche régulièrement de nouveaux logiciels pédagogiques, je varie les supports, je joue en classe, je fais des groupes. Et non, désolé, je ne vois pas la motivation des gamins repartir à la hausse, bien au contraire.

Je commence sérieusement à douter que ces approches multiples soient efficaces sur un plan pédagogique. Et à penser que le brouillard informatif dans lequel sont plongés les jeunes déstructure plus qu'il ne façonne les esprits. Je ne vais pas revenir sur l'enseignement du français en séquences, mais cet éclatement des connaissances sans squelette solide pour bâtir un savoir organisé est symptomatique du moment : on communique dans tous les sens et on ne maîtrise ni ne comprend plus grand chose. Trop d'information tue l'information.

Il me faudrait aujourd'hui, pour enseigner : utiliser un TBI, une salle pupitre avec postes fixes, des tablettes, des caméras, des activités manuelles, des jeux, faire du travail de groupe, évaluer par compétences-mais-aussi-par-notes (doublette absurde)... Moi je veux bien, mais que vont en retenir les élèves ? Depuis 20 ans, je n'ai pas vu revenir une seule enquête, une seule évaluation nationale sur les vertus pédagogiques de telle ou telle pratique numérique. Sait-on seulement définir des outils pour cela ?

Je me persuade lentement de ceci : un enseignement efficace est un enseignement simple. Une société qui avance sait se concentrer sur une vision simple de ses objectifs. Et ne noie pas le poisson de son ignorance ou de son incapacité à réinventer l'avenir dans les remous d'une activité stérile.

Le problème du numérique, c'est que son côté intuitif flatte les comportements inutiles. Je ne dis pas qu'il n'a aucune vertu, loin de là. L'image et ses traitements apportent énormément à l'enseignant, et permettent de raccrocher tous les "visuels" au train des auditifs et des kinesthésiques. Mais rendre le numérique productif et pédagogiquement utile nécessite une énergie considérable, si l'on souhaite éviter l'écueil de la vanité, sur lequel la jeunesse de notre société de consommation s'échoue volontiers. 

Alors venons-en au fait : accentuer la part du numérique reviendra, n'en doutons pas, à équiper tous les gamins de tablettes et à mettre du wifi un peu partout. S'agira-t-il de nous simplifier les apprentissages ?

Mon fils a vécu le phénomène en sixième. Il a changé d'établissement dès l'année suivante. Entre les insultes reçues par mail, les images chocantes qui circulaient, les jeux en classe à l'insu du prof, la mise au ban de tous ceux qui n'avaient pas de smartphone ou qui ne se crééaient pas leur compte facebook (dans l'enceinte de l'établisssement) et les parties de foot avec les sacs contenant les précieux appendices électroniques, nous en avons vite eu raz-le-bol, lui et moi. Et j'en ai eu marre, également, de le voir abandonner les romans dans lesquels il était volontiers plongé jusqu'alors, pour occuper son temps à jouer sur son écran d'iPad. Non que j'étais incapable de l'en dissuader, mais l'énergie quotidienne qu'exigeait cette lutte menaçait de me manquer. D'autres auraient sans doute abandonné bien plus vite. Le règne de la facilité...

Les tablettes sont de beaux outils de partage. De visualisation. De communication. Films, images, textes sont facilement accessibles et transmis sur ce support. Mais sont-elles un outil de création ? Sans doute bien moins qu'un ordinateur muni d'une souris et d'un clavier, voire d'une palette graphique. Qui tape régulièrement du texte, retouche des images, utilise un tableur, un logiciel de géométrie dynamique, fait de la programmation ou pratique le dessin vectoriel sait de quoi je parle. On peut le faire sur tablette... mais quelle galère ! Or je pense que l'apprentissage passe avant tout par la création, qui suppose d'être actif et inventif. J'estime donc qu'une tablette, toute clinquante qu'elle soit, n'est pas indispensable pour "mieux apprendre" ou acquérir un savoir-faire. Un petit netbook est bien plus utile !

Dernier point, et non des moindres : qui a envisagé l'impact sanitaire d'une utilisation massive de wifi (à débit plus ou moins puissant) dans les établissements scolaires ? À l'heure où les études contradictoires se multiplient sur la question, il serait peut-être bon de rappeler qu'aucun consensus ne permet d'affirmer que les champs électromagnétiques des technologies sans fil GSM, DECT ou WIFI sont inoffensifs pour la santé. Les électrosensibles se font de plus en plus connaître, les associations spécialistes et reconnues mettent les gouvernements en garde et il me semble (à vérifier) que l'OMS évoque des cancérigènes possibles. Elles expliquent que le danger vient surtout d'une sur-exposition : baigner dans le champ de son téléphone, de sa tablette, du wifi de sa classe, des classes d'a côté, de l'antenne GSM du coin de la rue, du réseau administratif à haut débit.... on peut effectivement avoir des doutes sur les conséquences de ce bain permanent. 

Je n'ai pas d'avis tranché sur la question, étant bien incapable d'en maîtriser les tenants et les aboutissants. Mais j'ai de sérieux doutes, surtout quand j'observe qu'il y a énormément d'argent à la clé. Les industriels doivent se bousculer en se moment aux portes de l'Éducation Nationale. Cependant en admettant que je refuse d'exposer mes enfants à de tels champs produits par une borne au sein même de leur classe, compte-tenu d'un débat effectivement ouvert, pourquoi l'éducation nationale devrait-elle me forcer à le faire ? Une sorte de "wifisme passif" organisé par l'état... Que ferons-nous de ceux qui le refusent, non sans raisons ? Ils iront au CNED ? 

11 arguments pour ∨

Anne Boyer
#994, le 28/02/2015 - 14:37

Je crois aussi qu'un enseignement efficace doit rester simple.

Comme tout le monde j'a pensé trouver dans l'utilisation de l'informatique à l'école des outils pour lutter contre les problèmes que je rencontrais : inégalités des élèves face aux enseignements, agitation, absence de travail à la maison, dificultés de compréhension... Mais j'y ai eu recours sans conviction,, et il ne me semble pas que les résultats soient probants. Les élèves ne sont pas plus attentifs,ni plus studieux, et rentrés à la maison tout est oublié. Bien au contraire.

Je me pose surtout une question au vu de l'actualité : avant d'introduire écrans et, tablettes à l'école, ne faudrait il pas développer chez les enfants une lecture intelligente, un esprit critique solide, la curiosité qui leur fera toujours chercher à vérifier leurs sources, le sens du second degré, la créativité?

Voilà qui me semble primordial quand de jeunes gens ne sont pas capables de comprendre une simple chanson qui leur est adressée, quand lorsqu'un ministre évoque un boucher en parlant d'un dictateur, tous les artisans bouchers de France montent au créneau, quand il n'est question que de harcèlement et de propagande sur les réseaux sociaux.

Oui, l'informatique est un outil formidable, mais c'est aussi un moyen d'aliénation et d'instrumenstalisation indubitable - sans compter le marché juteux que représente TBI, tablettes, etc... 

J'ai lu il y a quelques temps que les cadres de Google préféraient envoyer leurs enfants dans des écoles "déconnectées". 

 

 

Bernard Yor
#889, le 16/02/2015 - 17:28

C'est vrai qu'il y a danger, veiller à l'intérêt des élèves et non des fabricants.

L'exemple du smartphone ou pas pour être "in" pose la question : pourquoi est-ce autorisé dans une enceinte scolaire ?

Et l'égalité alors ?

Guillaume L
#594, le 03/02/2015 - 21:09

Cette contribution passionante et sincère pose à mon sens l'enjeu majeur du numérique à l'école : l'ambivalence de la technologie à l'école qui offre, en théorie, des outils extraordinaires pour aider les élèves à sortir de la caverne de Platon et les installe, en même temps, dans une posture sucesptible de les y enfoncer.

Le questionnement d'Eiffel sur la nécessité de placer les élèves en situation de création me semble de ce point de vue crucial.

J'ai cependant des réserves sur quelques points que je posterai sur la colonne d'en face.

Thierry Bonnafous
#474, le 29/01/2015 - 15:53

"Je me persuade lentement de ceci : un enseignement efficace est un enseignement simple. Une société qui avance sait se concentrer sur une vision simple de ses objectifs. Et ne noie pas le poisson de son ignorance ou de son incapacité à réinventer l'avenir dans les remous d'une activité stérile."

 

Je pense que vous avez tout compris. Soyons ambitieux mais avec modestie.

olivier LAXENAIRE
#410, le 27/01/2015 - 11:22

Bonjour,

Les écrans fascinent par leur facilité d'usage et la distraction qu'ils apportent. Qui ne s'est pas "reposé" devant sa télé ?

Alors demander aux élèves de travailler revient toujours au même : produire un effort. Et cela coûte en énergie.

Il me semble que la racine du problème est là. Nous (et je m'inclus facilement dedans) tombons tous dans la facilité et le repos plutôt que la dépense énergétique et nerveuse du travail créatif. L'apprentissage demande un réel effort.

Le numérique réglera-t-il ce problème ?

Frédéric Hède
#333, le 24/01/2015 - 11:10

Je préfère avoir des salles informatiques avec un réseau solide que des tablettes !

 

Les tablettes pourraient apporter un plus, parfois, dans certaines matières. Il faut se concentrer sur le matériel lourd car on pense encore (la hiérarchie me le disant souvent) que 16 postes informatiques dans une salle pour 640 élèves est un bon équipement ! Un ordinateur durera plus qu'une tablette dans un sac qui sera utilisée pour on ne sait quoi....le plus souvent.

Pourquoi s'étonner qu'on soit en retard ?

deky dreulkar
#337, le 24/01/2015 - 13:04

le témoignage de Eiffel est très très interessant et très très important en tant qu'enseignant avec expérience et motivation et en tant que parent.

tant sur le plan de la réflexion et constat pédagogique et sur le plan de la réalité de l'EHS électrohypersensibilité...qui touchent de plus en plus de gens de tous âges...qui n'ont pas de maladies psychiatriques ni de phobies aux nouvelles technologies comme certains prétendre n'ayant pas d'autres arguments chocs...parmi ces personnes il y a aussi des ingénieurs, des prof informatique et techno, j'ai même rencontré un médecin touché par l'ehs, ect ect ect de tous milieux socio-professionnels et de milieux riches ou pauvres...attention au déni...attention au principe de précaution...attention aux appels fait par des scientifiques Professeurs d'Universités à ce sujet ce n'est pas hasard qu'ils osent le dire même si d'autres disent le contraire;

Ninon Louise LePage
#431, le 28/01/2015 - 04:34

Je vous l'accorde, effectivement trop d'information, tue l'information.  Et votre description de la réalité de ces connaissances éparpillées correspond tout à fait à mon constat personnel. Je suis loin de détenir quelque vérité à ce sujet et vos questionnements sont des plus pertinants.  Mais je suis assurée d'un fait : ces outils, instruments, machines, quelque soit le nom qu'on veut bien leur donner, sont ici pour rester.  Il nous faut vivre avec.

Luciel
#186, le 22/01/2015 - 08:39

Je suis tout à fait d'accord, d'où le positionnement de ma remarque.

J'apporterai seulement un bémole sur la tablette comme outils de créativité. Il existe de nombreux support orientés professionnels qui peuvent permettre toutes les activités que tu cites.

http://www.lesnumeriques.com/tablette-tactile/hp-pro-slate-8-12-pouces-2...

http://www.lesnumeriques.com/tablette-tactile/samsung-galaxy-note-pro-12...

http://www.lesnumeriques.com/ordinateur-portable/microsoft-surface-pro-3...

http://www.lesnumeriques.com/tablette-tactile/nvidia-shield-tablet-p2115...

La question que çà implique est plus pour moi quels enseignemant seront proposés pour rendre les élèves créatifs.

Ou, comment seront choisis les tablettes, par qui, qu'elle veille technologique réelle est faite dans l'éducation nationale, est elle capable de passer un marché à son avantage avec un géant des nouvelles technilogies, qu'elle pérénité peut on esperer à l'époque ou un terminal n'est plus suivi après 18 mois, comment gérera t'elle sont parc quand dans mon établissement on vient de passer à windows 7 alors que deux versions majeures du système sont sortie depuis...

Lorenzo Bucovaz
#531, le 01/02/2015 - 11:18

"un enseignement efficace est un enseignement simple"

Je ne peux pas être plus d'accord.

Mathieu B.
#591, le 03/02/2015 - 20:15

J'ai posté un nouveau "défi" (!?) sans avoir pris le temps de lire les nombreux autres, et évidemment, les gens de bon sens comme vous font les mêmes constats que moi. Ce qui me rassure puisque j'ai parfois l'impression de naviguer à contre courant dans l'indifférence totale...

Je vais aller plus loin que mon post en disant que le numérique est une formidable arnaque financière. Et l'illusion du progrès de la société et des élèves est plutôt convaincante. En tant qu'illusionniste, je dirais que le tour est parfait...mais transparent pour les personnes quelque peu lucides. Plaisanterie à part, j'espère que cette consultation n'est pas encore une action de communication bidon comme toutes les autres sachant que tout est déjà entériné là haut...et que nos dirigeants doutent vraiment de l'efficacité de leurs actions.

Le maître mot qu'a utilisée Eiffel est simplicité. N'importe quel artiste, chercheur, intellectuel...sera d'accord avec cette idée. C'est elle qui peut conduire à l'efficacité, terme à la mode en ce moment.

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1 argument contre ∨

Guillaume L
#595, le 03/02/2015 - 21:12

J'ai exprimé, dans la colonne de gauche, tout le bien que je pensais de la contribution d'Eiffel. Ici, donc, quelques réserves :

A mon avis, peser les avantages et inconvénients comparés des différents types d'équipements (netbook Vs tablettes Vs etc.) ne peut être constructif que si, et seulement si, on pousse la réflexion un peu plus loin que ce que propose Eiffel. C'est en particulier vrai quant au potentiel créatif comparé des tablettes et des laptops (ordinateurs portables, netbooks), qui fait l'objet de nombreux débats enflammés, mais souvent embourbés dans la mauvaise foi... On mélange en effet souvent les propriétés ergonomiques des appareils eux-meme (la tablette avec son interface tactile, le PC avec son interface "multi-modale" qui fait travailler les deux mains) avec les propriétés fonctionnelles de leurs environnements logiciels (iOS, Android, Windows, OSX, etc.). Or ceci impacte encore plus la "puissance d'agir" de ces outils que leur taille, disposition, etc.

 

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