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La contribution #142

Eric P
#142, le 21/01/2015 - 17:47

Le numérique est-il Charlie ?

Le "numérique", cet incontournable de notre temps, semble s'ériger comme un outil d'aide quasi-magique pour accéder à tous les apprentissages et toutes les compétences visées par tous les enseignants et tous les élèves.
Pourtant, les études scientifiques sérieuses sur son apport éducatif à court, moyen et long terme sont inexistantes. Un panachage de retour d'expérimations diverses nous sont relatées de façon enthousiaste...par les expérimentateurs (dont je suis)...toujours heureux et persuadé de ne pas avoir travaillé pour rien ou pas grand chose. Certains y reviennent aussi.
Si louables soit leur investissement important pour innover dans la classe et valider des hypothèses et des conclusions parfois, sinon souvent contestables sur les effets produits, au regard de la méthodologie expérimentale scientifique, ces bilans d'expérimentations relèvent régulièrement de la méthode Coué quels que soient l'intérêt ou la validité des hypothèses de départ.
Il ne s'agit pas pour moi de dénigrer le numérique ou de l'encenser, mais de lui donner la place qu'il mérite en lui conférant un sens dans les apprentissages.

Si l'invention de l'imprimerie n'a pas appris à lire aux élèves, elle a permis à plus d'élèves de lire. Si la tablette numérique donne accès à chacun et plus rapidemment (on l'espère) à des sources d'information illimitées, elle n'apprend pas à les trier, les analyser, les assembler en groupes d'idées, les organiser...etc...bref à ré-fléchir.
A quoi va donc servir cette puissance supplémentaire de l'outil si on ne répond avant, pour quoi faire ?
Imaginons qu'elle puisse répondre mieux à nos finalités et objectifs éducatifs, cela suppose donc que nous savons comment le faire grâce à des applications dont on peut mesurer l'apport réel par rapport aux anciennes méthodes d'enseignement.
L'histoire des méthodes éducatives nous a montré trop souvent qu'elle ressemble à une collection empilée de modes éducatives, la nouvelle écrasant l'ancienne avant même qu'on ait pu mesurer ses résultats.

La fascination des écrans n'atteint pas que les élèves, les professeurs et autres pédagogues-penseurs s'y laissent piéger facilement aussi.

Démunis devant l'échec de nos politiques éducatives successives (accroissement des inégalités...etc..), nous nous précipitons sur cette nouvelle bouée de sauvetage comme la solution à tous nos maux.
Les derniers événements ajoutent encore une pression supplémentaire aux acteurs de l'éducation, et seraient responsables de la construction de toute la société...
Le numérique est il Charlie ?
On nous vante régulièrement les possibilités collaboratives du travail numérique ( j'utilise moi-même google drive avec les élèves), sont-ils pour autant plus tolérants entre eux ?
Pour apprendre à mieux vivre ensemble, il faudrait donc installer des écrans entre nous ? Il faudrait promouvoir "l'école inversée" en étant plus avec soi qu'avec les autres?
C'est un paradoxe qu'il va falloir résoudre vite car le numérique est déjà dans les maisons et isolent chacun dans un individualisme d'isolement qui prône faussement son contraire.

Cela permettrait plus d'individualisation dans les apprentissages nous dit-on. Pour que cela soit effectif, il faudrait des applications qui envisagent le profil de chaque élève. Nous sommes loin du compte...et je prétends qu'un prof expérimenté a davantage de profils et d'adaptation dans son cerveau pédagogique que n'importe quel logiciel actuel. Pour le moment, Il est un outil de regroupement des élèves qui ont les mêmes difficultés sur un problème donné. Certes, c'est utile et intéressant ponctuellement, mais c'est loin de valoir un professeur qui essaye d'identifier les causes des difficultés éprouvées. Il y a donc un travail considérable avant "une mise sur le marché" efficace...et non dépendant des editeurs privés de contenus.

Plus d'autonomie, nous dit on aussi. Mais l'autonomie, cela s'apprend aussi et exige un accompagnement exigent de la part de l'enseignant. Laisser les élèves devant un écran comme les parents laissant leurs enfants devant la télé relève pour moi de l'abandon éducatif. Je préfère accompagner 30 personnes que 30 écrans.

Plus de motivation aussi. Oui. Dans un premier temps. Passé l'effet nouveauté, la fascination de l'image, l'aspect ludique des manipulation ne suffira plus. Parce qu'il faut à un moment que la mémoire, la réflexion passe par le corps, le cerveau, l'affect (apprendre par...coeur), et non par l'écran même si celui-ci peut aider "les profils dits visuels".

Plus léger dans le cartable. Incontestablement. J'espère que vous avez prévu des tablettes "char d'assaut". Il suffit de voir comment un cartable est torturé dans une journée pour savoir que cela coûtera une fortune en remplacement de tablettes sans compter le travail qui serait perdu en cas de mauvaise sauvegarde...prévoyez donc de gros serveurs, efficace et rapide, et sans fil...
Ce n'est pas pour demain à mon avis.
Voilà pourquoi, personnellement, je demande aux élèves d'utiliser LEUR propre matériel...étrangement, il dure davantage.
Ce matériel (obsolescent) restera fragile en collectivité de toute façon.

Pour conclure, évitons donc d'ajouter une nième réforme précipitée sans y avoir réfléchi dans le fond, les formes, les moyens humains et matériels nécessaires pour construire et mettre en oeuvre des contenus éducatifs efficaces.
Le temps politiques n'est pas le temps de l'éducation. Le numérique est déjà et sera évidemment un des outils incontournables de l'école, en aucun cas sa panacée ou son remède miracle. Sachez écouter sans faire semblant ceux qui sont dans les classes, on ne pourra faire de bonnes réformes sans eux. Cessez de promulguer le catéchisme de l'inspection comme la vérité et laissez-les entreprendre librement quitte à ce qu'ils se trompent eux aussi...et partagent leurs réussites.
Bon courage.
Cordialement.
E.P
Professeur d'EPS

4 arguments pour ∨

Marie-Pierre
#419, le 27/01/2015 - 13:43

Je suis bien d'accord avec vous, d'autant plus que nous n' avons peu de recul sur l'innocuité des technologies sans fil.

Je pense qu'il faut être prudent.

Je ne pense pas que la remédiation à l'échec scolaire réside dans l'utilisation de technologies numériques.

Olivier V.
#161, le 21/01/2015 - 19:34

Bonsoir Eric,

Votre intervention m'a ouvert les yeux sur quelque chose que j'avais remarqué avec les téléphones portables mais étrangement, moins avec les ordinateurs.

Votre phrase "Pour apprendre à mieux vivre ensemble, il faudrait installer des écrans entre nous ?" tombe très juste.

Pour ce qui est de demander aux élèves d'apporter leurs propres matériels (quand ils en ont), c'est un casse-tête financier pour les parents et un casse-tête (pas insurmontable mais tout de même) pour les informaticiens.

S. Pramil
#159, le 21/01/2015 - 19:34

Bonsoir,

je suis entièrement d'accord, notamment pour l'obsolescence. A ce jour, je n'ai vu aucune expérimentation via des systèmes libres (ce qu'il faudrait prôner en priorité si l'on veut une égalité des "chances"). Les applications "éducatives" (je le dis avec des pincettes car le ludique a trop de place dans ces applications) sont payants et via un gros groupe à la pomme dont je ne citerai pas le nom.

J'en conclue que la révolution numérique fera les choux gras de multinationales et cela me dérange fortement.

 

Cordialement

S.Pramil

Education Musicale

Montpellier

Thibault Cordier
#145, le 21/01/2015 - 17:50

Je suis d'accord avec toi. Comme toujours, le gouvernement se précipite dans des projets sans réfléchir aux conséquences. J'espère qu'ils sauront écouter et prendre en compte nos inquiétudes avant de prendre des décisions qui peuvent s'avérer ravageuses...

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2 arguments contre ∨

Raito Bezarius
#444, le 28/01/2015 - 14:28

Étant moi-même élève, je vois votre point toutefois, je ne suis pas du tout d'accord avec celui-ci. En effet, vous assimilez une classe avec des élèves derrière des écrans à de l'abandon éducatif. En réalité, ça ne l'est pas. C'est permettre à des élèves de suivre à leur rythme. Aujourd'hui, les élèves ont tous des profils différents avec des disparités énormes dans les capacités. Leur intérêt, leurs compétences varient en fonction de la qualité du cours prodigué, des élèves qui peuvent paraître désintéressé en cours d'Histoire peuvent être parallèlement extrêmement intéressé et actif dans un cours de Mathématiques, non parce qu'ils sont à l'aise en Mathématiques, mais parce que tout simplement, on fait des activités salles informatique, et c'est là où cela fait la différence.

Un cours d'Histoire monotone sur la Seconde Guerre mondiale dépourvu de dynamisme est parfois beaucoup plus ennuyant que d'étudier les limites de la fonction exponentielle.

C'est ce point-là que je veux montrer. L'informatique comme le dit M. Renault plus haut est indispensable. Les idées reçus concernant la motivation des élèves est parfois erroné, en somme. Par expérience, les élèves se donnent plus à fond quand on leur demande un projet lié à l'informatique (faire une vidéo en Espagnol, faire un exposé sur un auteur, etc.) que lorsqu'on le demande un Devoir maison de Mathématiques (ironiquement par rapport à mon exemple plus haut).

Le but maintenant, c'est de faire en sorte qu'on puisse tous en tant qu'élèves sans aucune distinction dire que les devoirs à la maison notés ou pas valent la peine d'être fait, parce qu'ils sont cools. Parce que, c'est pas une corvée, c'est un amusement. Certes, le ludique a ses limites, mais les élèves ne s'arrêtent pas aux jeux, certains aiment bien colorier des croquis d'Histoire, d'autres aiment bien participer à une révision collaborative avec des camarades de classe pour savoir qui aura le meilleur nombre de points.

Cordialement.
R. Bezarius.
Lycéen en Première Scientifique.

Olivier Renault
#222, le 22/01/2015 - 16:02

L'informatique est indispensable. Sinon, comment allons nous montrer à nos élèves ce qu'est un questionnaire statistique orienté? Comment leur apprendre à poser un questionnaire à choix multiples, dont les réponses pousserons statistiquement à l'évidente interprétation que l'informatique est indispensable, et que tout un chacun doit disposer d'une tablette pour être de ce monde?

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