La période de participation est maintenant fermée. Merci à tous d'avoir participé.

Vous êtes sur la page de contribution de Pôle médias éducation et citoyenneté des Ceméa sur le débat « Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives ».

Retourner au débat

La contribution #681

Pôle médias éducation et citoyenneté des Ceméa
#681, le 06/02/2015 - 21:01

Sous le numérique, la pédagogie ?

Rêves technologiques, utopies pédagogiques, avec les technologies numériques de l’information et de la communication, tout se mélange. Une certaine pression du marché et les nombreux discours sur la modernité, emportent tout sur leur passage. Sans les TIC, sans les tablettes, point de salut, l’école resterait en dehors du progrès. Mais c’est là, entretenir la confusion.

S’il y a innovation technique, il ne va pas obligatoirement, y avoir innovation pédagogique ! Une fois surmontées les difficultés techniques d’interopérabilité et de maintenance, que fait-on des machines ou des espaces numériques mis en place ? Quelles sont leurs contributions aux apprentissages des jeunes ou au renforcement de la coéducation école-parents ? Ce sont les enjeux essentiels du numérique : la transformation des situations et des actes d’apprentissage et de formation des jeunes. Quoi d’autre pourrait légitimer les importants investissements financiers que nécessitent l’équipement des établissements en matériel et la mise au point des contenus multimédias ? Au-delà de l’innovation technique, c’est l’innovation pédagogique qui mérite de retenir l’attention. Et par innovation, il ne faut pas entendre seulement nouveauté, mais amélioration et transformation de la situation antérieure, avec une meilleure prise en compte des trois missions de l’école, la construction des savoirs, le développement de la personne et la formation du citoyen, en lien avec les autres espaces éducatifs.

LA PRIMAUTÉ DU PROJET

La première condition pour que l’innovation technique ne soit pas soumission à la vague moderniste et à une vision mythique des technologies et du numérique, mais se traduise en innovation pédagogique, réside dans l’existence d’un projet éducatif identifié, co-construit et problématisé. Dans bien des cas, le projet d’un usage isolé se heurte aux modalités de travail habituelles dans l’établissement. Le principe « un enseignement, une heure, une salle de classe » constitue un verrou. Aussi les projets impliquant le numérique, nécessitent-ils une articulation cohérente avec le projet global de l’établissement. Une gestion du temps et de l’espace, desserrée au profit d’emplois du temps plus modulaires, une globalisation de certains horaires des enseignants, des plages de temps dégagées pour des pratiques plus personnelles des élèves, des travaux transdisciplinaires : autant de facteurs qui favorisent une utilisation novatrice des TIC. La formation des personnels est bien sûr décisive. Très efficaces semblent les formations-actions distribuées sur un temps assez long et rassemblant l’ensemble d’une équipe porteuse d’un projet précis, dans l’établissement même et en alternance. Ces formations peuvent intégrer plus facilement les différentes facettes de la technique, du pédagogique, du culturel, de l’organisationnel. De caractère hybride, ce sont des formations à l’innovation et au changement, à la conduite de projets dans un environnement mouvant, par opposition à des stages centrés sur des aspects purement fonctionnels.

LES INTENTIONS PÉDAGOGIQUES

Lorsque l’on met en avant les outils numériques, on attribue à leurs potentialités techniques (interactivité, médiation, mise en réseau, ouverture, individualisation, dimension de communication...) des effets presque automatiques sur les pratiques pédagogiques et sur les apprentissages des élèves. Ces attentes sont rarement vérifiées. C’est dans l’articulation des intentions pédagogiques avec les usages des TIC que se joue l’innovation. Les technologies sont des atouts à saisir et des leviers à prendre, mais au service d’intentions pédagogiques et didactiques, préexistantes. L’utilisation des TIC va de pair avec une pédagogie du faire, de la création, de la production de contenus (web-docs, journaux, sites Internet...), à travers des activités d’emblée complexes l’ordinateur y occupe certes sa place, mais aussi les relations humaines, le rapport au sensible, l’émotion... L’utilisation des TIC permet aussi des démarches qui mettent l’accent sur l’activité du sujet apprenant en interaction avec des partenaires de travail, sur son autonomie, dont il faut renforcer l’apprentissage, et sur sa responsabilisation. L’utilisation des TIC s’y articule avec une pédagogie de l’entraide, du partage, de la coopération dans la classe ou hors de la classe, dans des lieux de pratiques collectives, et s’appuie sur des situations de communication authentique. À quoi bon utiliser des technologies en réseau, ouvertes si les partis pris pédagogiques de l’enseignant ou la gouvernance des établissements, n’intègrent pas ce choix de décloisonnement et d’ouverture aux autres ? Une éducation à l’actualité critique et distanciée orientée vers une compréhension du monde et de ses enjeux doit trouver ici des points d’appui efficaces, dans une finalité de formation citoyenne des jeunes, ouvrant l’école aux savoirs vivants et mouvants, à la culture d’aujourd’hui. Une réflexion sur les enjeux socio-économiques des TIC et du numérique, eux-mêmes, l’analyse de leur place et de leurs usages dans la société, font aussi partie d’une telle éducation. Ce travail contribue à une éducation aux médias et à l’information, articulant les médias de masse et les « self-médias », dans leur rapport à la construction du « vivre ensemble ".

La généralisation de l’accès au réseau Internet ne lui confère pas de caractère d’universalité. L’exposition à l’information, aussi diversifiée soit-elle à travers les médias numériques, n’est pas synonyme d’accès à la connaissance. Construire des connaissances nécessite un travail d’intégration qui s’appuie sur les savoirs antérieurs, et mobilise des capacités de métacognition articulant un travail sur l’autonomie et le collaboratif. L’interactivité des produits multimédias ne garantit pas un usage actif, en opposition aux usages passifs des autres médias ; ce serait confondre l’interactivité machinique (je clique et j’obtiens une action en retour sur mon écran) avec le sens que l’utilisateur construit grâce aux parcours prévus par les auteurs, pour lesquels on peut parler d’interaction cognitive, esthétique….

La modernité des techniques nouvelles ne renvoie pas aussi simplement l’ancien aux oubliettes du progrès social, éducatif et culturel. Face aux fausses évidences relayées par d’efficaces politiques de marketing, chaque éducateur doit rester vigilant, critique, lucide par rapport à la qualité des contenus éditoriaux véhiculés dans tous ces tuyaux et sur toutes ces plates-formes, et savoir y résister parfois. Les univers numériques et virtuels ne remplaceront jamais la confrontation au sensible et le vécu de la rencontre réelle, si importants dans la formation des personnes. Que, de l’immersion dans leurs mondes, naissent des projets d’agir sur le réel, il y a là un enjeu majeur d’éducation.

Christian Gautellier

Pole Education, média s et citoyenneté des Ceméa

1 argument pour ∨

Michel Guillou
#687, le 07/02/2015 - 00:50

D'accord avec l'essentiel du propos.

En revanche, je déplore la répétition lancinante d'éléments de langage qui me semblent abscons, à commencer par « L’utilisation des TIC ». En effet, il n'y a ni « TIC », car l'enjeu n'est pas celui de la maîtrise de technologies mais celui de l'acculturation et de l'engagement numériques, ni « utilisation » car le numérique dépasse, et de loin, la dimension utilitaire à laquelle ses contempteurs souhaitent le réduire.

La consultation est fermée

Aucun argument contre

La consultation est fermée

Aucune source déposée

La consultation est fermée