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La contribution #1085

Nicolas Demengeon
#1085, le 08/03/2015 - 03:59

Apprivoiser et libérer les usages du numérique

Plusieurs modifications dans les usages et l'accès aux outils pourraient être proposées pour que le numérique améliore l'efficacité de l'Education Nationale. Je m'exprime sur le sujet en tant qu'enseignant.

  • Donner l'exemple

Pour enseigner aux usagers à utiliser efficacement les outils numériques, il vaut mieux être soi-même suffisamment compétent. Les cadres de tous niveaux, personnels administratifs, et enseignants, devraient être au moins capables de taper fluidement au clavier (sans le regarder!), afin de communiquer aisément. Viendrait ensuite, de façon plus générale, la maîtrise minimale du traitement de texte et de l'utilisation d'internet.  Il faudrait également sensibiliser chacun aux règles élémentaires de sécurité et de protection de la vie privée (scam, spam, déconnexion, sûreté de la navigation, protection des données, etc). Enfin, chacun devrait maîtriser les outils ou connaissances spécifiques à sa tâche : par exemple, un inspecteur doit savoir mettre en ligne un rapport sur Iprof, une secrétaire doit savoir cacher l'adresse mail des destinataires dans une mailing liste et ne pas transmettre de messages à caractère publicitaire, un enseignant doit être facilement joignable par mail,  savoir remplir un bulletin en ligne, monter un clip vidéo.

  • Former efficacement

Pour former massivement les personnels et s'assurer de l'homogénéité des compétences/connaissances diffusées, le plus efficace semble être... le numérique. Des formations certifiantes en ligne, sur le principe des MOOC ou des certifications Microsoft, seraient certainement plus productives et économiques que les formations en réunion dispensées dans chaque académie. Les contenus en seraient vérifiables, réutilisables, pourraient être améliorés, et donneraient lieu à de véritables évaluations.

  • Fournir des outils simples et libres

S'il est un domaine dans lequel l'EN devrait investir, c'est le développement par ses propres membres (programmeurs, informaticiens, enseignants) d'outils libres qu'elle mettrait à disposition de tous les établissements. Les besoins sont à peu près identiques sur tout le territoire : des outils de communication (horizontale) et de partage simples et intuitifs, sur le modèle de Google Doc et Google Hangout, des outils techniques de gestion (des élèves, des emplois du temps, des devoirs, des résultats, etc), et des modèles de site internet "prêts à l'emploi" à l'usage des établissements, regroupant tous ces outils. Pourquoi paie-t-on encore des licences à des logiciels privés? Pourquoi chaque informaticien de chaque établissement consacre tant de temps à l'élaboration du site de l'établissement? L'utilisation d'une messagerie Iprof doublée d'une messagerie académique est-elle pertinente? Les sites de gestion de mutation ou de carrière, d'affichage ou de saisie de résultats, et de communication verticale en général, ne pourraient-ils pas être refondés et relookés de manière à être plus accessibles et attractifs?

A leur tour, les enseignants sont parfaitement capables, aujourd'hui, de composer des manuels ou des supports de cours numériquees libres, de les diffuser, et de les améliorer constamment. L'EN doit s'affranchir des pressions du marketing et des concessions faites au domaine privé, en choisissant résolument d'utiliser des logiciels, systèmes d'exploitation, formats de documents libres. La qualité et l'indépendance de l'enseignement public sont à ce prix, sans doute plus bas que celui des choix actuels.

Pour aller plus loin, la loi pourrait évoluer sur la liberté et les modalités d'utilisation des modes de paiement ou d'encaissement numérique. Permettre aux établissements d'avoir un compte Paypal, par exemple, d'effectuer par ce biais des commandes et des paiements en ligne pour leur équipement, de collecter des fonds et de chercher des sponsors pour ses projets, serait un grand progrès.

  • Choisir des stratégies productives

Les freins actuels à une utilisation harmonisée du numérique dans l'EN sont de plusieurs ordres. La recherche d'une reconnaissance personnelle parmi ceux qui innovent les conduit à conserver jalousement ce qu'ils ont pu créer, au lieu de le mutualiser. L'absence d'une structure d'accueil centrale suffisamment libre et accessible conduit à la dispersion des initiatives et des contenus sur le net. Le manque de lien entre décideurs, experts, et enseignants peut conduire à des incompréhensions, à des décisions trop tardives, et à une dilution des propos en simples éléments de langage. Enfin, la tendance à croire que des outils (numériques) sont une fin en soi menace les enseignements de vacuité ou de détournement.

Les stratégies productives passent donc par la valorisation du partage et de la mise en commun, par l'unification et la simplification des interactions horizontales et verticales, par la confiance accordée aux enseignants sur leur capacité à se former, identifier leurs besoins, et créer. Enfin, la recherche de l'efficacité suppose de l'honnêteté sur les objectifs poursuivis à long terme : l'enseignement européen doit viser, au-delà de l'accompagnement vers le monde professionnel, à éveiller des consciences à la pensée critique, à l'art, et à tout ce qui permet à l'humain de se re-créer, et ré-inventer sa façon de vivre avec l'autre.

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taddei philippe
#1097, le 08/03/2015 - 18:18

Fournir des outils simples et libres

Totalement d'accord concernant les outils simples que sont les sites d'établissements, voire les ENT. Vous soulignez d'ailleurs fort justement que c'est sur ces outils que les informaticiens d'établissement perdent le plus de temps. L'EN devrait préhempter les sites de collège les plus aboutis pour les mettre gratuitement à disposition des autres établissements, quite à en créditer les établissements créateurs pour ménager les égos.

Mais Google Docs, une suite intégrée de communication, et une gestion de vie scolaire ne sont pas des "outils simples"! Et nous payons des licences car l'utilisation de ces outils amène des gains de productivité.

Leur développement en interne ne serait pas gratuit (ou alors il s'agirait d'une gratuité en trompe-l'oeil) et rien ne dit que le produit obtenu soit aussi performant que l'original (ou plutôt tout dit qu'il le serait moins): ce ne serait pas à mon avis un choix de stratégie productive.

En résumé, envisagerions-nous de créer nos propres voitures sous prétexte que les constructeurs nous les facturent?

La diffusion des innovations

Même si la recherche d'une reconnaissance personnelle est certainement présente chez quelques enseignants innovants (et parmi les contributeurs de cette consultation...), je pense que le frein à la diffusion est plus structurel.

Pour rester sur l'analogie automobile, l'innovation, c'est le prototypage, la débauche de moyens et d'énergie, les projecteurs braqués sur le concept-cours (facile), l'effet Hawthorne à plein régime. Notre système dispose de structures chargées de suivre ces innovations (cardie).

Malheureusement, on ne passe pas directement de cette phase à la mise en production: il faut d'abord trouver des processus qui permettent de faire presque aussi bien en beaucoup moins cher.

C'est à ce niveau que nous n'avons peut être pas de structure adaptée, qui permettre d'analyser les innovations, évaluer leur efficience, réduire leurs coûts afin de les rendre soutenables, et seulement ensuite les diffuser.

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