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La contribution #1059

Jean-Michel Perron
#1059, le 06/03/2015 - 18:44

Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives-Jean-Michel Perron-1425664199

Même si on peut penser que les esprits sont prêts, on assiste encore à  une implication mesurée, à une certaine méfiance de beaucoup d’enseignants envers l’innovation avec le numérique. Malgré une bonne connaissance à partir d’expériences nombreuses et réussies de déploiement technologique d’expérimentations pédagogiques et didactiques avec les outils, ressources et méthodes utilisés (108 projets remontés par les CARDIE pour la sélection des projets innovants avec le numérique en 2015), il semble toujours difficile d’impliquer de nombreux enseignants.  Pourquoi ?
Nous focalisons notre regard sur des aspects légitimes de l’innovation pédagogique avec le numérique. Nous abordons le numérique sous des angles pédagogiques, disciplinaires, didactiques et techniques  (avec des désaccords sur des visions jugées trop pédagogistes par certains et trop technicistes par d’autres, etc.). Nous informons assez précisément dans de nombreux documents institutionnels, associatifs et d’entreprises, sur les fonctionnalités, les plus-values et les méthodes à employer pour réussir une intégration dans les pratiques professionnelles.  Nous occultons malheureusement plusieurs des aspects que nous devrions aussi traiter si nous voulons construire une culture numérique dans l’éducation et par l’éducation.

Nous ne privilégions pas une vision plus complète axée aussi sur des aspects plus managériaux comme la gestion de projets complexe, la gestion du changement et l’accompagnement des acteurs du changement.
De plus, nous prenons peu en compte l’étude des représentations des acteurs du changement et leur perception de l’utilité de faire évoluer leur pratique professionnelle et leurs usages. Nous étudions peu l’utilisabilité (l’aspect fonctionnel et pratique) des outils, ressources et services lors des phases d’expérimentations ou de tests et enfin nous connaissons peu le niveau d’acceptabilité des usagers à qui on propose de nombreuses formes d’innovation avec le numérique à l’école.

Deux besoins qui méritent l’attention pour faciliter le développement du numerique : 1) travailler ensemble et 2) construire une culture numérique commune.

Pour développer le numérique, nous avons besoin de travailler sur cette vision plus globale citée plus haut avec les universitaires des sciences humaines et sociales et en particulier avec les spécialistes des ESPE et de l’IFE, avec les chercheurs en sciences de l’éducation,  en psychologie,  en sciences de l’information et de la communication mais aussi avec ceux qui professent dans les arts, les arts appliqués, la philosophie, l’économie, les sciences de gestion, l’informatique, les mathématiques et la physique, la biologie et les neurosciences, etc.. Nous avons également besoin de travailler avec les logisticiens, les gestionnaires de projets industriels, les collectivités et leurs différents services publics, les associations de parents, les associations d’éducation populaire, les espaces publics de médiation numérique, etc.

Nous devons élargir notre vision aux autres disciplines et aux autres métiers qui agissent pour l’éducation car les usages du numérique à l’école concerne la relation qui se construit entre des outils, services et ressources numériques, des techniques, des fonctions et des usagers et qui se mesure dans l’utilité, l’utilisabilité et l’acceptabilité des technologies.
Sans une vision large de tous les acteurs et sans une prise en compte de toute la chaine de valeurs et de compétences où aucun maillon n’est à négliger, il n’y a pas une traduction possible en enseignement et apprentissage.

Nous devons construire une culture partagée : Par exemple, pour acquérir cette vaste culture, nous devons nous questionner avec Michael Puech, philosophe à La Sorbonne quand il émet l’hypothèse que notre participation aux réseaux sociaux va nous permettre de construire une éthique des TIC[1] ou Milad Douelhi, philosophe et historien des religions qui défend un nouvel humanisme numérique tout en nous alertant sur les dangers du transhumanisme[2].

Nous avons besoin de réfléchir à comment obtenir l’adhésion et l’engagement de la communauté éducative (Enseignants, administratifs, cadres, parents, éducateurs, collectivités, industriels, etc.). Nous devons maintenant proscrire le travail en silo qui ne nous permet pas de prendre en compte la globalité des potentialités que nous avons à portée de nous.

 

[1] M. Puech, Une éthique de sagesse pour l'ère de la technologie : pourquoi et surtout comment ?, Revue française d’éthique appliquée, N° 1 (Février 2015).  http://www.espace-ethique.org/sites/default/files/RFEA_N1_WEB4.pdf

[2] M. Douelhi, Pour un humanisme numérique, Enregistrement de l’émission Place de la toile, (2011) http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-pour-un-humanisme-numerique-2011-10-29

 

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Ecollet
#1069, le 07/03/2015 - 16:55

Cette culture partagée et élargie du numérique semble vraiment nécessaire pour que ces outils puissent être largement utilisés au service d'une pédagogie centrée sur l'humain. Mais celle-ci reste effectivement à construire : les usages personnels et les pratiques sociales du numérique peuvent être trompeurs, car dans les faits, aujourd'hui, la majorité des acteurs de l'éducation n'a pas de vision globale des enjeux et des potentiels des outils. Les freins aux changements risquent d'être nombreux et ne devraient être pas sous-estimés.

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