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La contribution #336

G. S.
#336, le 24/01/2015 - 11:28

Quelques idées et solutions

Tout d’abord, il convient de rappeler l’objectif de l’École. Il ne s’agit pas de former des consommateurs, ni des techniciens, mais des citoyens responsables. Je m’exprime en tant que passionné de technologie et élève-ingénieur.

 

Ceci étant dit, voici quelques pistes de réflexion et solutions, le tout restant bien sûr discutable.

 

  • À propos de l’usage de l’informatique et des NTIC : je pense qu’il faut poursuivre les efforts déjà engagés depuis de nombreuses années afin que chaque élève soit capable d’utiliser les outils simples et indispensables que sont les logiciels de traitement de texte, les tableurs, mais aussi de rechercher des informations sur Internet, écrire un courriel, etc. Ces savoirs-faires sont indispensables dans le monde professionnel, mais aussi dans la vie quotidienne. Bien entendu, il faut que les élèves soient conscients des limites des outils qu’ils emploient.
  • À propos d’Internet en particulier : les enfants y accèdent de plus en plus jeunes, mais peu sont vraiment encadrés. Aussi, je pense qu’il est nécessaire, dès l’école primaire, d’aborder les questions de vie privée, respect des droits d’auteurs, propriété de l’information (qui possède vraiment la photo de vacances que je publie sur mon réseau social préféré ?), sécurité et monétisation des informations. Il ne s’agit bien sûr pas d’instiller la peur parmi les élèves, mais bien de leur faire prendre conscience qu’ils évoluent dans un espace ouvert comportant des risques et des règles.
  • À propos des logiciels et matériels à utiliser : il est clair que les logiciels libres sont les plus compatibles avec les valeurs véhiculées par l’École : liberté, entraide, partage, respect. Ils sont parfaitement adaptés à la pédagogie et leur comportement est transparent. De plus, ils sont dans l’immense majorité des cas gratuits – donc utilisables par les élèves chez eux – et leur communauté d’utilisateurs et de développeurs assure un soutien pour tous. Concernant les matériels, je pense qu’il ne faut pas céder à l’effet de mode. Si les tablettes paraissent incontournables et intuitives, surtout pour les plus jeunes, il faut se rappeler que ce sont des moyens de consommation de contenu, et non de création – essayez de rédiger un texte correct sur tablette plutôt que sur ordinateur – qui sont verrouillés par leur fabricant, et conçus de telle sorte que l’utilisateur ait à sortir le portefeuille le plus souvent possible. Un tel environnement ne me semble pas acceptable à l’école de la République. Un bon vieil ordinateur de bureau, fonctionnant avec des logiciels libres si possible, reste pour moi le meilleur moyen d’apprendre à se servir des nouvelles technologies. En plus, il est bien moins sensible à l’obsolescence que les nouveaux gadgets, et facilement réparable.
  • À propos de l’égalité d’accès et de l’utilisation de matériels personnels en classe : si dans le supérieur, et même au lycée, il est utile de faciliter la tâche aux élèves apportant leur propre ordinateur ou tablette, cela me semble contre-productif au collège et au primaire. J’explique : si dans une classe, chaque élève apporte son ordinateur ou sa tablette, un tel sera jaloux, un autre en profitera pour jouer au lieu d’écouter le cours, un autre encore se le fera voler. Plus important, si le parc n’est pas homogène, tous les élèves n’auront pas accès aux outils de la même manière, voire pas accès aux mêmes outils, ce qui est contraire au principe d’égalité, et les risques de problèmes techniques (et donc de perte de temps de travail) sont plus importants. On pourrait arguer qu’il suffit d’équiper tous les élèves de matériels publics. Outre l’effet de mode abordé au point précédent, je dirais qu’il faut prendre garde aux difficultés de maintenance, aux risques de casse, panne, ou vol, au manque d’accompagnement et de surveillance, mais aussi à l’efficacité finalement assez médiocre de ces mesures par rapport au papier et aux crayons. Bref, une salle informatique ouverte à tous les élèves, avec un encadrant même en-dehors des cours pour faire ses devoirs, me semble être la meilleure solution.
  • À propos des connaissances sous-jacentes (partie la plus importante selon moi). Pour le moment, je n’ai abordé que l’utilisation de l’outil informatique. Or l’informatique est une science et quelques connaissances en la matière me semblent être indispensables pour tout honnête citoyen. Cela dit, il ne faut pas tomber dans l’excès ; on nous parle d’enseigner le « code » à l’école primaire, mais qui en aura réellement besoin ? Ne vaut-il pas mieux approfondir le français et les mathématiques à la place ? Voici ce que je préconise : enseigner simplement aux élèves comment fonctionne un ordinateur, avec des démonstrations pratiques (qu’est-ce qu’un écran, un processeur, etc.), mais sans entrer dans tous les détails et sans empiéter sur des matières plus importantes. Cela permettrait de démystifier l’ « informagique », surtout à l’heure où des dispositifs de plus en plus intuitifs ne laissent rien apparaître de leur fonctionnement. C’est, je pense, la clé pour ne pas se laisser abuser par l’industrie et tomber dans le consumérisme effréné. Cette réflexion sur les nouvelles technologies est aussi, je pense, l’occasion de s’intéresser un peu plus à la science, qui est au fondement de ces techniques, et pourtant assez négligée ; pourquoi attendre la 5ème pour avoir des cours de physique ? Ne peut-on pas imaginer des expériences simples d’électricité, par exemple, dès l’école primaire ? La compréhension des sciences permet de mieux comprendre l’informatique, mais leurs applications sont bien plus larges dans notre monde moderne.

 

Voilà mon avis sur la question. N’hésitez pas à le commenter.

2 arguments pour ∨

G. S.
#427, le 28/01/2015 - 01:31

Je réponds à l'argument de Ghislain Messe.

Figurez-vous que j'ai failli acheter un de ces appareils, mais que quelques essais m'ont vite découragé. Je maintiens donc qu'une tablette ne vaut pas un ordinateur pour les raisons suivantes (la liste sera longue, mais non exhaustive) :

  • Confort d'écriture manuscrite et de frappe déplorable à cause de l'absence de sensations.
  • Usage inadapté à des tâches bureautiques simples telles que l'usage d'un tableur ou d'un traitement de texte.
  • Écosystème propriétaire et verrouillé.
  • Tarif prohibitif (équivalent à celui d'un ordinateur de bureau de qualité !).
  • Produits impossibles à réparer (ou presque) et conçus comme étant jetables. "Très peu de maintenance", dites-vous; évidemment, il n'y en a pas !
  • Fragilité (à moins d'opter pour un modèle professionnel durci, encore plus cher).
  • Écran extrêmement petit (pour du matériel mobile, c'est normal) qui rend assez inconfortable la lecture; on se perd facilement dans les pages qu'on agrandit. Fatigue oculaire par rapport au papier ou à l'encre électronique.
  • Intérêt nul pour l'enseignement de l'algorithmique et de la programmation : il est tout aussi facile de dessiner un algorigramme à la souris qu'au doigt. Quant au fait de taper du vrai code sur une tablette... Hum...
  • Fonctionnement totalement masqué par la miniaturisation et une interface certes intuitive, mais inadaptée à la compréhension de l'informatique.
  • Guerre des standards et manque de rétrocompatibilité : que se passerait-il si Apple perdait un appel d'offres pour le renouvellement du parc ? Il faudrait réécrire toutes les applications pour le nouveau système (Android, Windows ou autres). Une telle situation peut même se produire à la suite d'une mise à jour du système.

Bref, inutile de nier le fait qu'une tablette ne sera jamais au mieux qu'un complément à l'ordinateur pour personnes fortement mobiles (ce qui n'est à l'évidence pas le cas des élèves), un appareil de consultation (ou plutôt de consommation) de contenu, au pire un vulgaire gadget. Bien sûr, c'est joli et ça fait branché.

Ensuite, la maîtrise de l'outil n'est ni suffisante, ni nécessaire pour comprendre l'algorithmique et l'informatique. Pas nécessaire puisque l'algorithmique se conçoit fort bien sur papier, tout comme l'informatique, et pas suffisante puisque toute la virtuosité technique peut être acquise sans compréhension des fondements techniques : on peut être un très bon conducteur sans savoir comment fonctionne une voiture...

D'autant (je me répète) que ces produits intuitifs masquent totalement leur fonctionnement. Sur un ordinateur, au moins, on voit la machine démarrer ; on voit les câbles, les périphériques ; on sent tourner les ventilateurs. Là, rien. C'est magique. Ça fonctionne. Vouloir faire apprendre l'informatique à des enfants sur des tablettes reviendrait à faire apprendre l'anglais à des débutants en leur faisant lire du Shakespeare.

 

Si vous faites attention autour de vous, vous verrez que les compétences en matière d'informatique de nombreux jeunes (je l'ai constaté sur de nombreux camarades il y a peu encore) se résument à aller sur facebook et à réciter vaguement la soupe marketing qu'on nous sert ad nauseam. Il faut agir.

 

Je dois sûrement passer pour un vieillard aigri avec tout ça... Et pourtant, le temps où j'étais élève (et donc confronté à cette réalité) n'est pas si loin que ça !

 

deky dreulkar
#346, le 24/01/2015 - 15:15

G.S bonjour,

je suis ravie de lire votre avis d'autant plus qu'il vient d'un élève-ingénieur c'est rassurant...que le fait de penser n'empêche pas de penser en effet et de réfléchir...et faire des constats.

en effet il est indispensable que la maintenance soit présente réellement aussi.

d'autant plus que des étudiants en BTS se forment et ont obligation de faire des stages qu'ils ne trouvent pas....incohérences....bonne journée.

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3 arguments contre ∨

Florence Cousin
#712, le 08/02/2015 - 07:25

Également : il n'y a aucun rapport entre l'outil "tablette" ni même ordinateur portable tel que vous l'envisager et apprendre l'informatique et l'algorithmique. J'ai appris l'algorithmique sur une Casio avec 1 ligne... on peut même l'apprendre sur papier pour commencer (c'est comme cela que j'ai eu mes premiers cours). De ne pas  avoir eu d'ordinateur avant 20 ans ne m'a pas empêchée d'être rapidement parmi les meilleurs, et à part un ou deux mordus qui avaient commencé à programmer très jeunes (vers 10 ans), il n'y avait pas de différence en informatique entre ceux qui avaient un ordinateur et ceux qui n'en avaient jamais eu. Je parle bien d'informatique au sens de connaissance de l'ordinateur, pas d'utilisation de traitement de texte (mais ça aussi ça se rattrape très vite)
 

Florence Cousin
#711, le 08/02/2015 - 07:23

Pour le remplacement du papier et du stylo, je suis fondamentalement contre. En effet, il a été prouvé qu'il est plus efficace d'apprendre quand on écrit pendant les cours, que ce soit en primaire, ou pendant les études supérieures. Les grands noms du web aux États-Unis mettent tous leurs enfants dans des écoles où il n'y a pas d'ordinateurs. Pour en avoir discuté avec mes collègues (ingénieurs dans une société d'informatique), ils feraient tous pareil s'ils pouvaient.

Enfin, de mon expérience personnelle, rien ne vaut l'écriture pour retrouver l'orthographe d'un mot, et rien ne vaut un schéma fait à la main pour concevoir un système lorsque cela devient un peu complexe. Justement je ne travaillle dans le "numérique", sur les systèmes d'informations des grandes entreprises, les technologies changent régulièrement, on doit quasiment tout réapprendre tous les 2 ans.

À mon avis, les élèves n'ont pas besoin d'outil, ils ont besoin de formation. Pour cela, quelques salles multimédia sont suffisantes − du moment qu'il y a les moyens humains pour les maintenir... Pour les professeurs, par contre, leur fournir un matériel serait utile (ordinateur portable, ou bien fixe avec profil itinérant)

Ghislain Messe
#383, le 25/01/2015 - 21:25

La vision que vous avez est celle que vous avez probablement vécue en tant qu'élève, mais elle est bien décalée de la réalité.

Dire qu'un bon vieux ordinateur est mieux qu'une tablette ! Je vous conseille fortement de vous acheter un iPad et de voir si avec cet outil on ne peut pas produire ? 

C'est ce type d'outil qu'ont besoin les élèves, quelque chose de simple avec très peu de maintenance et opérationnel quasi instantanément. Avec ces équipements on peut véritablement envisager le remplacement du papier et du stylo.

L'utiliser dans toutes les disciplines pour prendre ses cours permettra une maîtrise de l'outil et ainsi on pourra enseigner l'informatique, l'algorithmique, simplement.

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