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La contribution #1058

Jean-Michel Perron
#1058, le 06/03/2015 - 18:39

Le numérique et les compétences de demain-Jean-Michel Perron-1425663603

Devons-nous apprendre les mêmes contenus qu’il y a 30 ans ? Devons-nous attendre des élèves les mêmes compétences pour qu’ils s’intègrent dans une société en mouvement tout en conservant une éducation aux valeurs universelles du vivre ensemble ? Devons-nous apprendre à partir des mêmes contenus et de la même manière, devons supprimer certains contenus ou en ajouter d’autres ?

A ce jour, nous continuons à proposer aux élèves un programme basé sur des niveaux, des disciplines et une organisation spatiale et temporelle vieille d’environ 130 ans. Les premiers programmes pour l’école primaire ont été rédigés en 1882[1].  À l’époque, on décrit déjà dans le détail, les disciplines et le nombre d’heures à consacrer à chacune d’entre elles. La salle de classe est le lieu des séances pédagogiques d’apprentissage. Depuis et malgré 11 propositions de nouveaux programmes, les prescriptions sur « l’heure » de cours, les disciplines, les méthodes pédagogiques ont peu évolué. Des élèves qui changent de classe et de discipline à chaque heure de cours est encore le mode opératoire le plus répandu.

Pourtant, depuis de nombreuses années, les chercheurs et penseurs nous alertent sur les évolutions majeures liées à la dématérialisation des contenus et à la digitalisation des activités. Il semble nécessaire de prendre en compte pour remplir notre mission d’éducation, ces évolutions majeures, rapides, qui ont un impact social et économique sur presque toutes les organisations humaines. Ces évolutions de l’activité humaine entraînent inévitablement la question de l’évolution des contenus à enseigner, des compétences et des savoir-faire à acquérir, et enfin, de la manière dont on enseignera.
Cette évolution des compétences à acquérir si on prend une acception large du terme (savoirs, savoir-faire, savoir-être) nous pose de nombreuses questions. Y a-t-il un intérêt à acquérir de nouvelles compétences ? Comment celles-ci et les nouvelles manières d’apprendre se concrétisent-elles dans les activités industrielles et commerciales, dans la culture, la santé et l’éducation ? Les résultats de certaines nations dans les domaines du développement économique et social sont-ils dus à de nouvelles manières de se former, d’enseigner et d’apprendre mais aussi d’organiser le travail ?  

La question est aussi de savoir si les compétences du XXIe siècle sont solubles dans notre organisation actuelle ? Doivent-elles être intégrées dans des disciplines (Faire enseigner la programmation une année au collège par les professeurs de technologie comme le propose le CNN dans son rapport Jules Ferry 3.0)[2] ou bien disséminées pour affirmer leur aspect transversal ? Enfin doivent-elles s’incarner dans de nouvelles disciplines ou de nouveaux programmes d’enseignement ?

Pour répondre à ces questions, il est urgent de définir les stratégies de développement pour l’acquisition des compétences du XXIe siècle. Toutes ces questions sont légitimes et de nombreux travaux de recherche transdisciplinaires devraient être menés pour éclairer la réflexion.  

En premier lieu il faut apprendre à affronter l’incertitude. Comme le souligne Edgard Morin, « La pensée doit s’armer et s’aguerrir  pour affronter l’incertitude.  Tout ce qui comporte chance comporte risque, et la pensée doit reconnaître les chances des risques comme les risques des chances » [3]. Nous devons mettre en œuvre des stratégies qui se définiront dans une adaptation des actions proposées aux probabilités de réussite et d’échecs, aux essais-erreurs rencontrés, aux tentatives multiples. Nous devons écrire des scénarios d’actions dont il faut accepter les changements nombreux, incessants, les avancées rapides et les parfois nécessaires retours en arrière.  Sans acceptation de l’incertitude, nous ne pourrons développer une démarche active. Il s’agira de tester, essayer, expérimenter et de mettre en œuvre de nouvelles compétences dans des contextes pédagogiques variés, évaluer l’intégration de celles-ci dans certaines disciplines, identifier les besoins en termes de lieux, de contenus et de méthodes à mobiliser. Cette stratégie doit se baser sur une innovation ouverte et ascendante qui mobilise toute la communauté éducative autour des mêmes actions structurantes.

Tout en respectant, les responsabilités de chacun, tous les acteurs doivent travailler ensemble sur les mêmes sujets et développer une attitude bienveillante envers chacun.

Mais de quelles connaissances et de quelles compétences parle-t-on ?

Les compétences attendues sont documentées par plusieurs organismes internationaux comme l’UNESCO, L’OCDE et l’Union européenne. Le bulletin de veille de l’Observatoire Compétences-emplois de l’Université du Québec à Montréal[4] livre une synthèse des référentiels définissant les compétences du 21ème siècle les plus partagées par les différents référentiels des organismes internationaux.  Il s’agit de la collaboration, la communication, les habiletés sociales et culturelles, la citoyenneté et bien évidemment toutes celles qui permettent de comprendre et d’utiliser avec raison les technologies numériques.
L’OCDE définit ces compétences dans leur adaptation aux marchés et par rapport à leur impact social[5]. Elles sont structurées autour de trois domaines reconnus par l’ensemble de la communauté internationale comme essentiels, la littératie, la numératie et la résolution de problèmes dans des environnements à fort contexte technologique.

Rien n’oppose cette typologie au « Lire, écrire, compter » et aux apprentissages fondamentaux du socle commun. Les passerelles entre les référentiels sont nombreuses et les compétences citées dans ces documents internationaux peuvent être facilement mis en œuvre dans des contextes d’éducation dans le temps scolaire et périscolaire.

Le réseau Canopé en rénovant ses espaces et ses services et en créant les cent ateliers Canopé a décidé de participer à ce mouvement et de mettre en œuvre des stratégies d’innovation ascendante basées sur l’engagement des acteurs de l’éducation. Le meilleur moyen de s’acculturer, de comprendre et de construire de nouvelles connaissances, compétences et attitudes passe par les usages des outils, des ressources et des services numériques existants. Il s’agit tout en appréhendant les potentialités éducatives  par l’usage et l’intégration dans la gestion de projets éducatifs globaux et locaux de mettre en œuvre les compétences du XXIe siècle.
Il s’agit pour le réseau, en proposant ces actions dans des lieux uniques, les ateliers Canopé, se développant autour des notions de living lab, de learning lab et de fablabs, de constituer autour des établissements scolaires, des équipes et des lieux propices à l’accompagnement du changement, à la rencontre d’autres acteurs mus par la même envie d’innover ou par la curiosité de comprendre les grandes évolutions liées au numérique. Il s’agit aussi d’acquérir par une action bienveillante les uns envers les autres de nouvelle manière d’opérer ensemble sans exclusion d’un acteur par rapport à un autre sur les sujets à traiter. Nous pensons que les usages pédagogiques des outils, ressources et services numériques intéressent tous les acteurs réunis autour des projets nationaux et locaux. Les élus, les personnels techniques des collectivités comme les associations d’éducation populaire sont à même de réfléchir sur les mêmes sujets d’apprentissage, de pédagogie et d’enseignement que les enseignants et les cadres dans une démarche d’innovation partagée et d’acquisition d’une culture commune basée sur les compétences du 21ème siècle. Sans cette construction alternative aux formes d’appropriation et de formation plus classiques, il y a peu de chance que la transférabilité vers les élèves se produise.

Il nous reste donc à construire à grande échelle des stratégies (où l’incertitude est assumée) et des programmes d’actions qui facilitent la connaissance, l’appropriation mais aussi l’exercice des compétences du 21ème siècle,  d’une manière bienveillante et active par tous les acteurs de la communauté en action.

 

[1] N. Schreck, Naissance d’un enseignement primaire républicain en France, Base numérique du patrimoine d’Alsace, (2012) http://www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/education_reichsland/naissance_primaire.php?parent=13

 

[2] Jules Ferry 3.0, Bâtir une école créative et juste dans un monde numérique, CNN, 2014.
http://www.cnnumerique.fr/wp-content/uploads/2014/10/Rapport_CNNum_Education_oct14.pdf

[3] E. Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, UNESCO (1999). http://unesdoc.unesco.org/images/0011/001177/117740fo.pdf

[4] Les compétences du 21ème siècle, Observatoire Compétences-emplois, UQAM (2013). http://www.oce.uqam.ca/les-bulletins/109-competences-21e-siecle.html#3

[5]OECD Skills Outlook 2013. First Results from the Survey of Adult Skills, OECD (2013). http://www.oecdepublishing.org/multilingual-summaries/9789264204256-sum/html/9789264204256-sum-fr.html

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