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La contribution #672

f thom
#672, le 06/02/2015 - 18:15

l'inégalité, quoi qu'on fasse, demeurera

Plusieurs choses concernent les inégalités face au numérique. Etant prof des écoles, je ne parlerai que de ce qui concerne les élèves de primaire.

Chez les élèves, rares sont ceux qui ne possèdent pas d'outil numérique à la maison. Dans un sondage d'une classe de CM2 de mon école l'an dernier, 2 élèves sur 26 n'avait pas de tablette ou de PC à eux (personnellement), et devait le "partager" avec le reste de la famille. Mon école n'est pas en ZEP mais pourrrait l'être. Les parents ont donc suffisamment d'argent pour acheter du matériel informatique, mais il manque toujours un stylo, des feutres velleda, ou 5€ pour adhérer à l'USEP ou participer à la coopérative de classe... Même les enfants de maternelle ont une tablette kid ou du même genre...

Pour moi, l'inégalité d'accés n'existe donc pas ou très peu (cas des enfants en foyer ou vraiment dans une misère sociale forte).

En revanche, combien d'enfants vont sur leur tablette/PC... avec un parent ou un adulte à côté d'eux pour les guider ? Là bien sûr, ingéalités énormes, et pas toujours chez les plus démunis... Aucun élève de ma classe (la même que celle du sondage cité plus haut) ne connaissait baby go, mais tous connaissent google, youtube, facebook (ils étaient en CE2 et avaient donc 8 ans). Alors je m'interroge : comme ce ne sont pas les enseignants qui parlent de ces réseaux plutôt dangereux pour des utilisateurs non avertis comme les enfants, comment les connaissent-ils ? à quel moment les parents font-ils leur boulot en limitant les accés (tant au niveau des horaires qu'au niveau des contenus) ?? En quoi un enfant de primaire a-t-il besoin d'avoir un téléphone portable chez lui (et c du vécu!!) ?? Si l'institution ne mettait pas un frein, la moitié des enfants de primaire aurait son téléphone à la main dans la cour...

Pour que les inégalités soient réduites, il faut d'après moi rester dans la sphère publique, donc que chaque élève ait son matériel numérique propre mais qui reste à l'école (ce qui évitera par la même occasion les usages détournés à la maison, mais aussi les oublis, les casses...). La sphère privée ne regarde pas l'école et vice versa. Il faut à un moment, redonner leur responsabilité aux parents, et redonner son crédit à l'école.

Par ailleurs, tous les enseignants ne sont pas équipés et pour cause : tous ces achats (un peu coûteux) sont sur nos frais personnels. L'EN et les mairies n'offrent même pas une cartouche d'imprimante N&B (considéré comme un "abus de bien public") alors qu'on doit de plus en plus  imprimer : bulletins trimestriels (3 pages minimum par élève avec compétences détaillées, avec min 20 élèves par classe et 3 trimestres dans l'année, faites le calcul...) mais aussi  montages documentaires (au moins 1 par semaine voire par jour), préparations de séance (quotidien)...,et aussi de scanner le moindre arrêt maladie ou autorisation d'absence (donc on nous impose une imprimante 3 en 1 bien + chère qu'une simple) pour le transmettre le + vite possible à la hiérarchie. Bref, il y va de notre poche. Il arrive même que la hiérarchie nous demande d'investir dans une tablette pour la classe (si si)! J'aimerais savoir quel employé de mairie, pilote, ouvrier... achète du matériel pour son travail avec son argent personnel !!! Heureusement, Office est gratuit pour tous les personnels de l'éducation nationale...

Enfin, pour que les inégalités soient "réduites" un minimum, encore faudrait-il que le matériel informatique dans les écoles soit performant ! Depuis un an, l'imprimante de salle informatique de mon école est cassée (donc on est censé imprimer chez nous le travail informatique des élèves lol), les connexions internet fonctionnent 1 fois sur 3, quand tous les élèves se connectent à internet ou aux jeux de Linux (jeux pédagogiques), tout est ralenti et bug, pas de son sur certaines machines, impossibilité d'autoriser les cookies qui permettent la lecture de certaines vidéos... je ne vois vraiment pas comment on peut travailler de façon efficace et utile dans de telles conditions...

Sans compter que l'environnement utilisé à l'école est entièrement gratuit, mais ne correspond pas du tout à celui utilisé dans les chaumières par les enseignants ET par les élèves. On doit donc tout remettre en page, certaines polices ne fonctionnent pas sur Open Office, les vidéos lisibles chez nous ne le sont pas à l'école, l'accés sécurisé n'autorise que très peu de sites pas toujours pertinents, Linux et WIndows fonctionne très différemment... quelle perte de temps et d'énergie ! De quoi décourager d'aller en salle informatique...

Un tel projet me parait donc intéressant mais beaucoup trop ambitieux compte tenu du matériel mis à disposition par les mairies, des compétences du personnel de maintenance et d'éducation (nous ne sommes pas informaticiens!!), mais aussi de la maturité des élèves de primaire.

 

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Thierry Munoz
#688, le 07/02/2015 - 08:22

Concernant le système "gratuit" non utilisé dans les chaumières, je ne suis pas d'accord car les élèves s'adaptent très facilement surtout à l'école primaire où ils n'ont pas encore pris leurs habitudes contrairement à leurs enseignants dont je fais partie ;-) . Pour info, nous utilisons Ubuntu avec LibreOffice et ils n'ont aucun problèmes avec.

Au contraire, proposer quelque chose de différent de ce qu'ils voient à la maison leur permet de noter les similitudes et qu'au final même si l'interface est différente, les outils s'utilisent de la même façon. Donc ils ne sont plus prisonniers d'un éditeur. Là l'école remplit son rôle émancipateur.

De plus, la gratuité du système (sous-entendu GNU/Linux) peut permettre à tous d'avoir le même à la maison sans avoir à se payer un ordinateur très puissant (cher) ainsi que des licences. On peut trouver des ordinateurs de réforme fonctionnant parfaitement sous GNU/Linux autour de 100 € : là on peut réduire la fracture numérique (même s'il est vrai que la plupart des foyers sont équipés).

Dire heureusement qu'Office est gratuit pour les enseignants me dérange car s'il est effectivement gratuit pour les enseignants il ne l'est pas pour les élèves. Du coup, nous nous transformons en représentants (involontaires), prescripteurs de Microsoft car les élèves et leurs parents voudront travailler sur les mêmes outils à la maison. Ils devront donc acheter les produits ou bien souvent le pirater (piratage que nous favorisons, ne soyons pas candides). Certains appellent cette technique, celle du cheval de Troie.

Concernant les documents produits, nous devrions n'utiliser que des formats ouverts pour justement favoriser le partage et éviter d'avoir des mises en formes différentes selon les logiciels utilisés. Or en utilisant un logiciel propriétaire produisant un format fermé, nous obligeons le destinataire à avoir (à acheter ou pirater) le même logiciel : ça ne me paraît pas équitable. Mais c'est évidemment voulu par les éditeurs. Et on se retrouve à critiquer LibreOffice/OpenOffice ou d'autres logiciels libres alors qu'au contraire eux favorisent l'interopérabilité : c'est le monde à l'envers.

Pour les vidéos visibles ou pas, il s'agit là aussi de problème de technologies propriétaires (flash) qui posent des problèmes de sécurité notamment. Ensuite dans une école, il est normal que le contenu soit filtré (obligation légale).

Et on revient donc au problème de l'équipement / infrastructure des écoles, de la maintenance et de la formation des enseignants. Il existe des solutions s'appuyant sur le libre pleinement fonctionnelles mais trop peu connues/diffusées (AbulÉdu, Amonecole+) qui limiteraient les coûts à tous les niveaux car à l'école nous n'avons pas besoin de matériel très performant contrairement aux croyances : des ordinateurs ayant 5 ans sont largement suffisants pour ce qu'on en fait à l'école (traitement de texte, Internet).

Dernier point, J'imprime à l'école et très rarement à la maison (1 feuille de temps en temps) et s'il n'y a plus d'encre, je n'imprime plus. Si tout le monde faisait la même chose, les municipalités réagiraient vite face au mécontentement des familles.
 

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