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La contribution #805

Pôle médias éducation et citoyenneté des Ceméa
#805, le 11/02/2015 - 22:34

Un environnement médiatique consumériste : quelle réponse pour l'éducation aux médias et au numérique ?

Un contexte consumériste sans limites…

Le contexte sociétal, si l’on regarde les objets médiatiques ou numériques, est celui d’une société où les enfants et les jeunes sont assaillis en permanence par toutes sortes de données, d’informations dont ils ne savent pas quoi faire : hiérarchisation, tri, choix, … L’environnement médiatique est fortement marqué par des logiques marchandes, où les liens entre marketing et production des programmes sont de plus en plus étroits, où l’on cherche à « capter du temps de cerveau disponible ». Le marché formé par les enfants et les jeunes entre non seulement dans une logique de type marketing produits mais surtout, apparaît comme un positionnement stratégique pour certaines entreprises médiatiques au regard des retombées d’audience globale et de son poids dans les calculs des ressources publicitaires. La législation européenne renforce cette dimension. Si l’on regarde la dernière directive européenne sur les services des médias audiovisuels à la demande (SMAD)(1) , on constate une libéralisation des formes de publicité à travers par exemple, la fin des quotas de durée et l’arrivée des techniques de placements de produits.

La « logique de caprice » comme nous le dit P. Meirieu, est devenue le moteur de l’organisation économique de nos sociétés, sous le nom de pulsion d’achats. Le désir est transformé en pulsion synonyme d’énergie égoïste. Les messages répétés à l’infini par les médias et repris par la publicité « tes envies sont des ordres… achète… » ; « Je veux tout, tout de suite…. »… L’infantile ainsi est promu comme règle (valeur) de notre société avec en première ligne les médias (2).

De ce fait, la finalité de l’éducation et celle de la sphère médiatique paraissent aujourd’hui développer des projets opposés, voire antagonistes. A l’inverse des médias, l’éducation, a pour projet de sortir l’enfant de cet état infantile de dépendance voire de soumission à la consommation. Les médias mettent en scène la négation de l’altérité, alors que éduquer, c’est accompagner l’enfant pour entrer en dialogue avec cette altérité (l’autre, le monde). L’éducation, c’est le faire passer d’une posture « d’enfant roi » à celle « d’enfant citoyen », c’est la construction du collectif, de la distinction entre savoir et croyance, c’est la mise à distance, alors que les médias accélèrent tout, dans un flux qui submerge la pensée.

Cette omniprésence des écrans pose la question de leur influence. Cette tension entre éducation et consumérisme à laquelle elle conduit, interroge la construction identitaire des enfants. Certes la télévision et les médias numériques peuvent correspondre à des consommations « passion », choisies, mais beaucoup de médias sont utilisés comme « bouche-trou » ou dans une fonction « tapisserie ». Ne doit-on pas réfléchir à une écologie des médias et à une politique de protection de l’environnement médiatique ou à une diététique de la consommation des écrans ?

C’est ainsi dans un cadre large, prenant en compte ce contexte fortement consumériste, que l’éducation aux médias doit réaffirmer son projet. L’éducation à la consommation… médiatique doit trouver sa réponse dans une éducation aux médias mettant en avant émancipation, mise à distance et posture critique.

Une éducation aux médias à dimension critique et citoyenne

Les réponses qu’une éducation aux médias est susceptible d’apporter s’inscrivent dans trois objectifs essentiels :

Politique. Elles participent à une meilleure activation de la diversité culturelle, dont le traité européen vient d’entrer en action. Elles favorisent les « 3C » que sont la Critique, la Culture et la Créativité, permettant aux jeunes de choisir entre plusieurs offres de contenus, nationales, européennes ou non, d’apprécier leur propre culture tout en la comparant à d’autres et de se préparer à être des créateurs de contenus culturels.

Démocratique. Elles promeuvent plus globalement les droits de l’enfant (les « 3P » Participation des jeunes, Proposition de contenus à leur destination, Protection de l’enfance) et développent ainsi, la prise d’autonomie et de responsabilité des jeunes, pour une prise de conscience citoyenne.

Economique. Elles préparent les jeunes à occuper les bassins d’emplois de demain, à se familiariser avec les technologies, à s’ouvrir aux contenus étrangers, à générer des contenus nationaux ; elles permettent l’émergence de sociétés de services liées aux loisirs et au divertissement.

L’éducation aux médias, malgré l’existence de pratiques depuis plusieurs années, est encore trop peu présente massivement dans les politiques éducatives. Pourtant l’évolution et le renforcement de l’environnement médiatique, la rendent aujourd’hui encore plus incontournable. Elle doit être présente aussi bien à l’école, à tout niveau, de manière transversale et spécifique, que dans les espaces d’éducation non formelle que sont les différents temps de loisirs collectifs.

Il est donc essentiel d’en réaffirmer les principes généraux et les objectifs.

• Les médias ne reflètent pas la réalité, ils la représentent. Il faut donc travailler sur ces représentations du réel pour que les enfants accèdent à une meilleure compréhension du monde dans lequel ils vivent et agissent.

• Les images médiatiques ne sont pas naturelles. Il faut les déconstruire et pour cela traiter les questions de production et examiner toutes les techniques qui créent l’effet de réel, pour aller au-delà des premières représentations construites par les médias chez les enfants

• Les médias jouent un rôle culturel et idéologique non négligeable. Il faut développer le sens critique, les attitudes de mise à distance permanente des jeunes sur leurs propres utilisations des médias et des écrans. L’objectif est de leur transférer une autonomie critique tout au long de leur vie en tant que citoyen.

• Les médias agissent sur la construction de l’opinion publique. L’éducation aux médias contribue au développement d’une expression réelle de l’intérêt public. Elle participe d’une éducation à la démocratie.

• La posture de réception pose la question de la lecture des médias. Cette étude textuelle pluri-média doit être systématique dans la formation de tous les enfants et les jeunes.

• Les médias sont un système économique. L’avènement de la société de l’information est le fruit d’une organisation économique libérale. L’éducation aux médias doit intégrer un regard critique sur cette dimension économique et son développement planétaire.

• Les médias sont au cœur de la diversité culturelle à travers leurs contenus, et de respect des droits de l’homme comme espace d’expression démocratique. L’éducation aux médias doit engager un travail sur les contenus et sur l’ensemble de l’offre.

En référence aux valeurs de l’éducation populaire, de ses pédagogies actives et de son projet d’émancipation, les actions mises en œuvre pour cette éducation aux médias, sont caractérisées par quelques partis-pris et une approche globale et diversifiée. On y retrouve de manière transversale, les six compétences aujourd’hui stabilisées au niveau européen : Compréhension, Critique, Créativité, Consommation, Citoyenneté, Communication interculturelle (3). L’éducation aux médias des enfants et des jeunes concerne tous les éducateurs. Les pratiques des jeunes se faisant souvent à la maison ou dans l’espace familial, les parents le sont ainsi doublement.

Christian Gautellier

Pour le Pôle Médias, éducation critique et engagement citoyen des Ceméa

 

1-Voir directive SMAD, Union européenne, La directive 2007/65/CE du Parlement européen et du Conseil, dite Services de Médias Audiovisuels (SMA), a été adoptée le 11 décembre 2007. La principale évolution induite par le texte concerne l’élargissement du champ d’application de la directive TVSF. Si, jusqu’à présent, cette dernière ne couvrait que les services audiovisuels traditionnels et principalement la radiodiffusion télévisuelle, elle s’applique dorénavant aux services dits non linaires tels que, notamment, les services à la demande. S’agissant de la publicité, la directive SMA introduit une nouvelle terminologie en insérant la définition de la « communication commerciale audiovisuelle ». L’encadrement des communications commerciales a été pensé de façon à ne pas entraver le marché. Voir également les actes à paraître de la Journée d’étude à Louvin-la-Neuve (Belgique) du 11 décembre 2009 sur « La directive SMA : le nouveau cadre juridique de l’audiovisuel européen ».

2-Voir les ouvrages de Meirieu, Pédagogie : le devoir de résister, Paris, ESF éditeur, 2007 (128 pages). Une autre télévision est possible Lyon, Chronique sociale, 2007 (128 pages). L’enfant, l’éducateur et la télécommande, entretiens avec Jacques Liesenborghs, Bruxelles, Labor, 2005 (204 pages).

3-Voir Divina Frau Meigs, « La société civile au Sommet mondial de l’information : vers une militance de catalyse ? » Le Sommet mondial sur la société de l’information, et après ? M. Mathien (ed.), Strasbourg, Presse de l’Université de Strasbourg (2007) et Education aux médias : manuel à l’attention des enseignants, des étudiants, des parents et des professionnels, Paris, Unesco (2007).

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nadia sa
#946, le 19/02/2015 - 22:18

enseignante depuis 1989  en primaire ,Je suis de plus en plus confrontée à des élèves qui ont tout tout de suite et qui imposent aux autres moins bien dotés, des moqueries,mettant ces malheureux dans une position d'inferiorité . l'éducation de la maison est le plus souvent en décallage avec les valeurs véhiculées par l'école où " l'être" vaut plus que le" posséder".

ces enfants deviennent des tyrans pour leurs camarades si on n'y prend pas garde. l'adulte doit convaincre l'enfant que  devenir quelqu'un  ne passe pas forcément par le paraitre et que l'épanouissement passe par l'entre aide et le respect de l'autre. le désir crée un mal etre car on n'obtient jamais  tout ce que l'on veut nous vendre...

en cela le numerique peut aider l'enseignant en faisant connaître des actions de réussite collectives , des actions d'entre aide ,dechiffrer des pubs, des offres en faisant découvrir qui est derrière et dans quel but. 

permettre aux enfants de prendre du recul sur les images, les jeux, les infos qui les assaillent de toutes parts.

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